Selon la commission du désarmement (CNDDR) qui est la commission
nationale chargée d’enquêter sur le problème des gangs en Haïti, il y a au
moins 76 gangs connus dans le pays. Ce sont les gangs que la commission a
identifiés et auxquels elle parle selon l’un de ses membres, Jean Rebel
Dorcenat. Le nombre réel de gangs pourrait être de 100 et plus. Plus de 400
personnes ont été assassinées par des membres de gangs au cours des 6
premiers mois de l’année 2020. Le problème des gangs est un vrai problème
et un problème de société. Cela ne va pas disparaître simplement parce que
certains politiciens et intellectuels l’ignorent. Un intellectuel haïtien
passionné a écrit un article intitulé: «Les gangs nous ont envahis.» Nous
pouvons tous voir que les gangs nous ont envahis. Ce n’est pas une
déclaration surprise.
Que faisons-nous pour résoudre le problème des gangs est une question plus
vaste et une question plus intelligente. Les membres des gangs eux-mêmes
veulent déposer les armes et mener une vie paisible. Ils pensent
constamment à quelqu’un d’autre, à un autre chef de gang ou à un membre
de gang qui les tue. Soyons réalistes, ils ne le feront pas sans que le
gouvernement prenne le relais et fasse un meilleur travail. Les gangs
dirigent le pays parce que les politiciens se sont révélés incapables de le
faire. Le problème des gangs a un aspect différent, certaines personnes sont
tuées par les gangs et d’autres sont protégées par les gangs. C’est un métier
en Haïti pour certaines personnes, un service pour d’autres, c’est la
dangereuse réalité.

Réformer le gouvernement: national, départemental et
municipal

L’histoire des gangs en Haïti est liée au gouvernement. Cette histoire peut
remonter à 1959 lorsque le président François Duvalier a créé le Tonton
Macoute ou Volontaire pour la sécurité nationale. Les tontons macoutes ont
tué, emprisonné des milliers et des milliers de personnes pour protéger la
dictature des Duvalier. Les opposants politiques des Duvalier n’avaient pas
d’autre choix que de quitter le pays. Pendant la présidence de Jean Bertrand
Aristide, les chimères ou membres de gangs ont été utilisés pour attaquer et

tuer des opposants politiques au régime Lavalas. Les Chimeres
fonctionnaient sous forme d’OP ou d’organisation populaire. Ces OP étaient
un groupe de petites organisations communautaires dans le pays sans leader
formé, sans supervision, sans rien. Ils pourraient faire n’importe quoi de mal
et le justifier. Récemment, le président Jovenel Moise a limogé son ministre
de la Justice, M. Lucmane Dellile, sans raison logique apparente. Ce ministre
de la Justice a été très ferme dans le démantèlement des gangs. On pense
que le président Jovenel Moise entretient de bonnes relations avec le G9
nouvellement créé ou l’association des membres de gangs.

La seule façon de résoudre ce problème est de faire ce que chaque pays
organisé a fait: réformer le gouvernement, réparer les institutions qui sont
brisées, venir avec les nouvelles institutions nécessaires au bon
fonctionnement d’un gouvernement. Nous devons réparer le gouvernement
au niveau national. Je propose un système de gouvernement parlementaire
où il n’y a pas d’élection directe à la présidence et où le gouvernement vient
de la chambre des députés. Le Parlement serait fixé à 5 ans. Députés et
sénateurs. Le parlement italien est un bon exemple à cet égard. Au niveau
municipal, les gens voteraient pour le conseil municipal et le conseil
municipal choisirait le maire. Même chose au niveau départemental. Les
gens du département voteraient pour l’assemblée départementale et
l’assemblée départementale choisirait le premier délégué et les vice-
délégués. La France est un bon exemple à cet égard. Sans élection
présidentielle directe, la situation des gangs diminuerait et serait
contrôlable. L’élection présidentielle est l’une des principales raisons de la
montée des gangs dans le pays. Différents présidents, démocratiquement
élus ou non, ont utilisé les gangs pour maintenir leur pouvoir ou leurs
partisans au pouvoir. S’il n’y a pas d’élection directe, ce serait une énorme
solution.

Réformer le système judiciaire: Les juges, les avocats, les
prisons, la police

Avoir un système de justice plus indépendant est très bon pour contrôler et
démanteler les gangs dans le pays. Si nous regardons tous les pays avec de
moins en moins de problèmes de gangs, ils ont un système de justice
décentralisé. Les États-Unis et le Canada sont un parfait exemple de ce

système de justice décentralisé. Je ne dis pas que ces pays n’ont pas de
crimes, de gangs et d’insécurité, mais ils les contrôlent et ils le font très
bien. Je vis aux États-Unis depuis 20 ans et je ne me suis jamais senti en
danger de marcher dans la rue le jour pour aller à la banque, aller travailler,
aller acheter quelque chose, etc. Au lieu que, le président choisit tous les
juges du pays , un comité sénatorial devrait avoir ce pouvoir. Le
gouvernement municipal, le gouvernement départemental, le pouvoir
exécutif devraient soumettre leur liste de juges à un comité sénatorial pour
approbation finale. Cela décentraliserait le système judiciaire. Le Canada est
un parfait exemple à cet égard.

En ce qui concerne la police, la police nationale devrait être réorganisée en
trois branches principales: municipale, départementale et nationale. Nous
aurions un poste municipal dans chaque commune sous la direction du maire
et du conseil municipal pour la police municipale. Pour la police
départementale, nous aurions un commissariat dans chaque arrondissement
sous la direction du premier délégué et de l’assemblée départementale et
pour la police nationale un poste dans chaque capitale du département.
Chaque niveau de police aurait un type de responsabilité spécifique. Par
exemple, la police municipale s’occuperait des gangs, la police
départementale s’occuperait de la circulation et apporterait un soutien à la
police municipale et la police nationale s’occuperait des enquêtes et
apporterait un soutien à la police municipale et départementale. Ceci est un
exemple. Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon
utilisent très bien ce système de police. En ce qui concerne le système
pénitentiaire, il devrait être décentralisé en deux niveaux: départemental et
national. Chaque niveau aurait une responsabilité spécifique. Pour les crimes
allant de jours à 2 ans, cela relèverait de la direction de la prison
départementale. Pour les crimes à partir de 2 ans et plus, cela tomberait
sous la direction de la prison nationale. Une prison départementale serait
dans chaque arrondissement sous la direction du gouvernement
départemental et une prison nationale ou pénitencier serait dans chaque
capitale du département sous la direction du gouvernement national. Les
prisons spéciales pour femmes, jeunes adultes, etc. suivraient un modèle
similaire.

Offrir des opportunités économiques aux moins fortunés et
à l’ensemble du pays

La pauvreté et les gangs sont liés. Si une communauté est exclue de
l’emploi, de l’éducation, de l’aide sociale, de la formation, etc. Le résultat est
la criminalité et les gangs. Je ne dis pas ici que la pauvreté est la seule
raison des gangs, mais c’est l’un des facteurs contributifs. Tout comme je l’ai
mentionné ci-dessus, un gouvernement brisé est le premier facteur et le
deuxième facteur est un programme économique brisé où un petit groupe de
personnes profite de l’économie. Pour avoir un développement économique
en Haïti, nous devons être scientifiques. Quand je dis scientifique, je veux
dire être réaliste. Le président français Emmanuel Macron a déclaré que
nous ne pouvons pas parler de prospérité économique en haïssant les gens
qui l’ont créée. Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes économiques
en Haïti en haïssant l’élite économique ou la bourgeoisie haïtienne. Les
intellectuels et les politiciens nous ont trompés en nous faisant croire que le
pays est pauvre à cause de l’élite économique. C’est faux. Le pays est
pauvre à cause du gouvernement brisé et des programmes brisés des
politiciens et des intellectuels. Ils créent le problème et veulent blâmer
quelqu’un d’autre pour cela.

La bourgeoisie en République dominicaine, aux Bahamas, à Trinité-et-
Tobago, aux USA, au Canada, etc. n’est pas meilleure ou n’a plus de moral
que la bourgeoisie en Haïti. La seule différence est un meilleur
gouvernement. Des hommes d’affaires comme Reginald Boulos, Daniel
Rouzier, Gilbert Bigio, la famille ACRA, etc. qui ont créé des milliers
d’emplois ne doivent pas être considérés comme l’ennemi du pays. Je ne dis
pas que ce sont des saints ou des innocents. Je dis simplement que nous ne
pouvons pas créer d’opportunités économiques en éliminant les gens qui les
créent. Nous devons réparer nos institutions lorsque les gens agissent en
dehors de la loi, ils en subissent les conséquences. Nous ne devons pas
pointer du doigt sans preuves. Si Boulos, Rouzier, Bigio, Acra, Brandt, etc.
agissent en dehors de la loi, ils doivent être jugés mais le système doit être
réformé pour que cela se produise. Les politiciens et les intellectuels doivent
faire leur travail. L’investissement local avec des entrepreneurs anciens et
nouveaux, l’investissement de la diaspora et les investissements étrangers
sont les trois principaux moyens de créer des opportunités économiques en
Haïti. Haïti est le seul pays que je connaisse où un petit groupe de mulâtres,
de libano syriens, de bourgeoisie est blâmé pour tout ce qui est mauvais
sans aucune preuve scientifique. La République dominicaine, la Jamaïque,
Trinité-et-Tobago, les Bahamas, le Nigéria, etc. ont beaucoup plus de

mulâtres qu’Haïti. Leur population blanche est plus grande qu’Haïti et ces
pays sont prospères. Pourquoi? Parce qu’ils ont un bon gouvernement.

Résoudre le problème des gangs est facile si nous utilisons la raison et la
méthode scientifique et difficile si nous choisissons de fonctionner avec des
émotions et en dehors de la recherche scientifique. Le choix nous appartient.

Archange Deshommes, ancien enseignant des écoles publiques aux
écoles publiques du comté de Miami Dade à Miami, FL USA, certifié
en sciences sociales par le Florida Department of Education, USA
[email protected]

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